La main a ouvert le livre. Les yeux commencent à courir de gauche a droite, puis descendent quand ils arrivent au bout de la ligne. Les yeux s'ouvrent plus largement. Peu a peu, les mots interprétés par le cerveau donnent naissance à une image, une immense image. Au fond du crâne, l'écran géant panoramique interne du cerveau s'allume. C'est le début. »
Voici donc comment débute ce livre. Un titre paradoxal, une volonté de troubler le lecteur; dès les premières lignes, l'auteur affiche son style d'écriture d'une main experte. Impossible de s'y tromper, chacun d'entre nous ayant lu l'un des ouvrages de Weber reconnaîtra l'une de ses nouvelles œuvres d'art. Dès l'instant où l'on pose ses yeux sur les premières lignes de cet écrit des plus remarquables, difficile de conserver l'innocence naïve et candide que l'on possédait auparavant. Comme chacun des deux premiers tomes de la trilogie des «Fourmis», Weber joue avec son lecteur. Au travers d'un type d'écriture troublant, il alterne entre trois visions des choses: La vision myrmycéenne, la vision humaine, et une vision intermédiaire, très neutre et objective, où il utilisera «L'encyclopédie du savoir relatif et absolu» pour pouvoir introduire cette vision. L'auteur s'amuse. L'auteur se joue de nous. Exemple particulièrement dérangeant quand il écrit à la fin de la page «Maintenant, tournez cette page». Cela pourrait paraître presque anodin, seulement B.Weber avant cela, n'avait pas hésité à argumenter sur la faiblesse et la soumission de l'être humain. Le doute apparaît. Faut-il écouter l'auteur, et vérifier sa théorie en passant, face à lui, pour un faible ? Ici, il n'est plus question d'un jugement de l'auteur: nous nous jugeons nous-mêmes, influencés par les dires de l'auteur. La pression est souvent plus forte, on veut savoir la suite. Alors on tourne la page. Il est évident que Weber n'aurait pas besoin de moins de deux pages pour se moquer de nous, rire de notre société, et reprendre sa théorie.
Chez cet auteur, ce n'est pas l'histoire qui est véritablement la plus intéressante, mais cette façon d'écrire pour faire réfléchir et changer les mentalités des gens. Prenons-nous plaisir à être ainsi manipulés par des mots? La question se révèle judicieuse après la lecture de ce roman, mais elle n'est pas la seule.







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